jeudi 24 octobre 2013

Chapeau bas

"Je vous aime. J'aimerais mieux pas... mais j'y arrive pas."

Ca, c'est une tirade !

vendredi 22 mars 2013

Désillusion n°1 : La seconde chance

J'ai fait tout ce qu'on m'a dit. J'ai écouté à l'école, j'ai lu des livres, j'ai cru nos élites, j'ai pleuré sur des chansons, j'ai aimé à la folie, j'ai fait des enfants à qui j'apprends à écouter à l'école, à aimer les livres, à avoir foi en l'Homme, à s'émouvoir et à aimer.

...Mais on apprend de tout, et on apprend d'ailleurs. Surtout, on apprend de ses erreurs. Alors bien modestement, pour ceux qui apprendront après moi, voici le premier chapitre du grand livre de mes désillusions.

Non, on n'a pas de seconde chance. On ne peut pas revenir en arrière comme on efface une cassette magnétique. Au fait, qui se souvient encore des cassettes magnétiques ?

Ce que l'on a, c'est une chance de plus, mais on n'a pas deux fois la même chance. On repart à un, pas à zéro. Parce que l'on a appris, on a construit son expérience ; ça, c'est la bonne nouvelle. On ne commettra pas deux fois la même erreur - sauf en amour, parce que l'amour échappe à bien des choses et notamment à la raison.

La mauvaise nouvelle, c'est que le temps a passé. Une chance de perdue, ce n'est pas dix de retrouvées. Une de perdue, c'est une de perdue ! Les choses ne se répètent pas ni ne reviennent. Ce n'est pas à nouveau le printemps, c'est un nouveau printemps. Et nous ne sommes jamais les mêmes d'un printemps à l'autre.

Alors non, on ne recommence jamais, on continue. On continue parfois autre chose, mais on ne fait que cela : continuer.

Originellement publié le 1 avril 2008

Racines

C'est une très vieille ferme qui ne voit plus passer les chevaux. Dans sa petite étable, sous la cuisine, c'est une voiture que l'on range désormais. Une seule voiture, le reste de la place, muré et isolé, a été converti en "boîte de nuit". Une boule à facettes au plafond, le reste d'un vieil électrophone, et aux murs, en lettres de papier découpé, les noms des vedettes dont les accords résonnent encore. Je me souviens précisément d'y avoir lu Sacha Distel.

Avant le dîner, on va chercher l'eau à la source, en haut du chemin. Le tuyau auquel on se sert a dû être conçu par Léonard de Vinci tellement il est ingénieux. Si vous le bouchez avec la paume, l'eau jaillit par un petit trou pratiqué au-dessus : on peut y boire sans se baisser.

Au retour, on cueille un oignon du potager. Je le partagerai avec mon père, simplement accomodé d'une vinaigrette rapidement montée par sa grand-mère, qui écoutait les grandes ondes de RMC sur un transistor monumental "Parce que, ce soir, on reçoit rien à la télé, il y a des nuages".

Le séjour, au premier étage entre la cuisine et la pièce de la télévision, justement, n'a pas de vitres. Il fait froid, on accroche les panneaux de bois avant de déplier la carte de la région sur la grande table à la toile cirée jaune.

Nous serons dans les Alpes demain. C'était une bonne idée de faire ce détour, depuis le temps que tu me parlais de cette maison, Papa. Mais allons nous coucher. Les draps de coton m'écrasent réellement tant ils sont lourds et humides. Sans compter l'édredon. En plein été ? Oui. Il y a une cascade derrière la maison, et sa fraîcheur traversera les boiseries de la fenêtre.

Le lendemain matin, avant de reprendre l'autoroute, nous ferons un tour en voiture. Jusqu'à ce vieux pont de pierres, jusqu'à ce village aux murs crevés ornés d'une enseigne jaune indiquant le téléphone public. J'ai eu raison de m'asseoir à l'arrière. Je n'aurais pas voulu que Papa voie mes yeux devenir rouges.

Originellement publié le 4 août 2006

Mon plus profond respect

Quel âge a t'elle, exactement ? Le mien, tout au plus, soit trente-cinq ans. Elle est magnifique. Blonde, pétillante, gaffeuse et un rire qui vous vrille les tympans lorsqu'il explose.

Elle était à ma table, lors de mon mariage, elle est restée pendant... Bon sang, je n'en sais rien, mais elle est restée suffisamment longtemps avec mon ami pour qu'il la demande en mariage. C'était même la première fois qu'il envisageait sérieusement d'avoir un enfant.

Et puis finalement, ils se sont quittés. Je n'ai jamais vraiment su pourquoi, il me semble qu'elle avait quelques problèmes familiaux qui l'ont déstabilisée au point qu'elle éprouve le besoin de faire le vide autour d'elle pour se reconstruire.

La vie a continué. Mon ami s'est installé avec une autre, et Valérie aussi. Mariée ? Je ne crois pas, je l'ai un peu perdue de vue, forcément. Mais jeune maman, ça c'est certain. D'ailleurs, c'est pendant sa grossesse qu'elle a su. Et c'est pour son enfant qu'elle a refusé les traitements, parce qu'ils auraient pu lui être fatals.

Elle a attendu que son bébé naisse avant de se soigner. Chimio, radio, que sais-je... Rien n'y a fait. Instinct, raison ou amour ? Amour, je pense. Quel autre sentiment peut pousser à donner la vie au mépris de la sienne ?

Je m'incline. Aujourd'hui sur son courage, et demain, à 14h30 en l'Eglise Sainte-Dévote, sur son cercueil.

Originellement publié le 24 juillet 2006

Désarmante

Il y a tant de choses à ne pas faire, et c'est à moi de les lui apprendre. Non, la vie n'est pas qu'une partie de plaisir, elle l'apprendra à son tour. Tant de contraintes à supporter, de concessions à accorder, de limites à respecter… C'est le prix de notre contrat social, ce sont les règles de ce jeu que j'ai déjà essayé si maladroitement de faire connaître à son frère.

Alors d'une voix forte et ferme, je lui dis "Non !". Elle arrête sa course, tourne la tête vers moi et me lance son sourire le plus joyeux. Ses yeux explosent de bonheur, et son regard me transperce, là, juste dans le coeur.

Immobilisé dans mes principes comme un insecte cloué sur sa planchette d'exposition, je me sens gagné par une immense fierté, et une tout aussi grande impuissance face à toute cette vie, face à toute cette gaité. En ces miettes de secondes, elle m'a fait taire. Baillonné ! Allez, détends-toi, défais ta cravate, respire un grand coup. Keep cool, Papa. On est là pour rigoler.

Elle a un an et demi, elle me donne des leçons, et elle a raison !

Originellement publié le 17 juillet 2006

mardi 28 décembre 2010

Profession de foi

On m'a élevé pour être un type bien.
A l'école de mon quartier, où quelques enseignants et le Directeur lui-même étaient des religieux, on me disait qu'il ne fallait pas mentir. On m'a appris qu'il y avait le bien et le mal. On m'a appris que nous étions chacun le prochain d'un autre, et qu'il fallait respecter son prochain. Parce qu'on m'a appris qu'il ne fallait pas faire à autrui ce que je ne voudrais pas qu'il me fasse.

On m'a appris qu'il y avait un pardon, et que demander le pardon de quelqu'un est difficile. Tellement difficile qu'il ne faudrait jamais avoir à demander pardon, et pour cela, qu'il me faudrait être un homme de bien.

En haut de la seule double page de mon carnet de notes gris-cartonné où s'étalaient les résultats de l'année, il était écrit en belles lettres cursives "L'effort persévérant triomphe de toutes les difficultés". On m'a appris à me donner du mal, on m'a appris à faire des efforts et à trouver la récompense dans le résultat de mon travail. Ce n'est que bien des années plus tard que j'ai compris que la récompense se trouvait également dans l'effort lui-même.

On m'a appris à n'utiliser que les mots dont je connais le sens, et à ne pas être pédant. On m'a appris que la ligne droite est le plus court chemin, et qu'elle est le chemin de la logique et de la déduction.
On m'a appris qu'il ne fallait pas mentir, car un mensonge finit toujours par être découvert et que les conséquences se paieraient.

On a essayé de m'apprendre qu'il y a un Dieu qui nous aime, et qui nous jugera tous le moment venu. Ceci, je ne suis pas certain de l'avoir véritablement retenu, mais je sais que le jugement existe. Qu'il s'agisse de celui de Dieu ou de celui des Hommes, il n'est pas besoin d'être dans les livres d'Histoire pour être jugé. Salaud historique ou salaud de quartier, tous seront jugés. Seule la taille du jury varie.
Et puis je me suis découvert une intelligence. Je me suis rendu compte que j'étais en mesure d'être utile, que je pouvais produire et, partant de là, que j'avais un rôle à tenir. Alors je suis entré dans le système, et j'ai fait comme on m'a appris.

J'ai fait de mon mieux mais cela n'avait aucune importance. Pire, contrairement à l'école, ceux qui faisaient moins bien n'avaient pas forcément de mauvaises notes. Au contraire, les menteurs, les rapporteurs, les colporteurs, en un mot les courtisans avaient le dernier mot et la considération.
Et même, le mensonge et les intrigues sont devenus des façons de faire. C'est l'eau dans laquelle il me faut nager désormais. La ligne droite n'est plus le chemin le plus court. Au contraire, maintenant tous les moyens sont bons. Et les chemins les plus tortueux ont la préférence puisqu'ils permettent de perdre ceux qui essayent de comprendre.

Maintenant on cultive l'échec car il est devenu une méthode. On met les autres en difficulté pour mieux les remplacer selon son intérêt, on se met soi-même en échec artificiel afin de pouvoir légitimement faire autrement ou avec quelqu'un d'autre. Et cela n'a rien de difficile : il suffit d'être imaginatif et menteur. Aucun état d'âme à avoir, parce que le mensonge est loin d'être toujours puni. La notion d'âme et de conscience disparaît devant bien des intérêts, notamment financiers. Un homme de bonne foi et consciencieux risque gros s'il agit en conséquence et dépossède ainsi certains du fruit de leurs intrigues, de ces fruits qui poussent sous la table...

Plus tard, j'ai découvert un art martial japonais exceptionnel, et toute la philosophie qui l'accompagne. Et l'on m'a appris qu'il ne fallait pas profiter de sa force pour écraser l'autre. On m'a appris qu'être fort mais seul n'avait aucun intérêt. On m'a appris qu'il fallait aider l'autre à s'élever pour finalement grandir à deux, et que la force n'est rien sans la compassion.
On m'a appris qu'il fallait faire du mieux que l'on pouvait, et respecter les autres et ce qu'ils sont. On m'a appris qu'il ne fallait pas chercher à l'emporter sur son partenaire mais apprendre mutuellement de nos affrontements.

On m'a appris que la technique de combat et la philosophie sont indissociables pour devenir ce que les pratiquants sont censés être : des hommes de bien capables de comprendre et aider, et non des guerriers.
Tous ces préceptes, venus de l'école du quartier de mon enfance comme de Tadotsu, me permettent d'être en accord avec moi-même. De soutenir mon regard dans le miroir et de savoir, même s'ils ne sont pas les plus rémunérateurs, que mes choix sont les bons.

Mais il n'empêche que le pouvoir appartient aux fourbes, aux menteurs, aux politiques auxquels je me suis frotté... A tous ceux qui dévoient leur rôle premier. Ceux qui sont supposés aider la communauté et finissent par ne voir que leur intérêt à conserver leur place. Ceux qui constituent autour d'eux une sphère d'influence à grands renforts d'intrigues et de services rendus. Ceux qui sont capables de mentir en vous regardant droit dans les yeux. Même s'ils savent que vous savez qu'ils vous mentent, ils sont certains de leur impunité.

Mais c'est plus fort que moi, les prêtres de mon école me disaient que les premiers seront un jour les derniers, Rudyard m'a dit qu'il y a des gueux pour exciter les sots, et, même si c'est ma grande erreur, j'ai foi en l'Homme, son intelligence et son jugement.
J'ai appris tout cela et, quand bien même ce serait faux et surfait, j'ai au moins ma conscience. Je n'ai pas la fortune, mais je suis riche de ça.

Originellement publié en juillet 2009

mercredi 3 septembre 2008

Pour un poisson

Ses yeux ne pétillaient pas ce soir. Et ses gestes habituellement si vifs, si enjoués étaient pesants, comme au ralenti. Elle avait sur elle un poids qu'aucune petite fille de trois ans ne devrait avoir à porter. A trois ans, on rit. On fait des blagues nulles, on désobéit, on court dans le couloir, on joue au ballon contre le mur blanc, on crie à tue-tête.

Elle venait de pleurer. Quand je l'ai prise dans mes bras, elle m'a raconté. Juste trois mots. Poo est mort. Poo, c'est son poisson rouge. Je la serre fort, l'embrasse, la câline en vain. Je ne peux que lui parler de l'ordre des choses mais rien n'y fait. Le monde des merveilles dans lequel elle vit encore vient de s'ébrécher. Une première fissure qui s'agrandira peu à peu.

Je lui parle encore, jusqu'à ce qu'elle me réponde. Je lui parle de ses jeux, je lui parle de son frère... Il sera bien temps pour nous de revenir sur ces choses-là. Je lui parle pour que son esprit vagabonde un instant. Et un instant, ça marche. Les minutes qui passent me paraissent plus légères, mais elle se rembrunit pourtant. Je lui demande ce qu'elle veut, ce que je peux pour elle. Sa réponse est simple : "Je veux Poo". Simple et terrible à la fois, parce que je ne m'y attendais pas : j'ai appris à me résigner et à accepter le définitif.

Pourtant, ce n'est pas sa peine qui m'a touché. Mon chagrin vient de mon impuissance. Cette fois, je ne pourrai pas passer la nuit à réparer un jouet qu'on lui a cassé. Je ne peux rien pour elle, sinon lui apprendre à faire avec. Un jour, je lui dirai que nous partons tous et que pour ça, il faut être une femme ou un homme de bien. Parce que une fois partis, nous n'existerons plus que par ce que nous laissons après nous.

Mais il est encore trop tôt pour lui apprendre tout cela. Ce soir, je ne peux rien faire pour elle, à part la serrer fort dans mes bras. La serrer, de toute mon impuisssance.